Cette conversation avec ma soeur fit remonter un évènement passé.
Après une visite prénuptiale, j'avais appris que j'étais du groupe sanguin rare O négatif. je revois la tête de mes parents, la fuite de mon père pour quitter la cuisine, ma mère qui s’était mise dans ses casseroles.
Qu’est-ce qu’ils les gênaient ?
Dans d'anciens papiers récupérés apès leurs déces successifs, j'ai trouvé des attestations de donneur de sang.
La première, celle de ma mère, stipulait son groupe sanguin, O positif puis celle au nom de mon père, AB positif.
Alors j'ai cherché sur mon ordinateur les compatibilités des groupes sanguins pour les naissances.
Dans le tableau, au croisement de ces deux groupes, sanguins parentaux, le mien, O négatif n’existait pas.
Une autre confirmation, me vint d'internet ! Seul un sang O négatif pouvait donner un enfant du même groupe.
Il y avait comme une évidence: Ma mère étant ma mère, mon père ne l'était plus!
Pour l’instant, je me retrouvais incapable de réagir.
Pourtant, j’éprouvais le besoin de vérifier que ma sœur ne s’était pas trompée — non pas qu’elle ait voulu me mentir, mais peut-être avait-elle simplement répété une vérité qui s’était imposée à elle bien avant moi.
Je me souvenais de cette gêne étrange qui avait traversé la pièce. Je l’avais ressentie sans en comprendre la raison. À cette époque, le déni tenait encore ma conscience à distance ; le voile avait du mal à se lever.
Ma sœur, plus âgée que moi, avait elle aussi eu le sentiment que quelque chose ne concordait pas. Elle avait demandé confirmation à notre médecin de famille et avait alors découvert la vérité : je ne pouvais pas être l’enfant de celui que je croyais être mon père.
À elle, ma mère s’était confiée. Mais elle avait raconté les faits d’une manière qui les banalisait presque, les réduisant à une histoire sordide : un besoin d’argent, un homme riche qui lui faisait la cour et elle qui, dans le besoin, aurait fini par céder.
Cette version ne pouvait pas me suffire, surtout qu’elle concernait mes origines et une partie entière de mon identité.
Comment se reconstruire avec une vérité aussi laide, sur quelques paroles rapportées pour se justifier. Ma mère avait pu inventer tout ça.
Alors, j’ai décidé d’aller chercher moi-même les réponses auprès de la seule personne qui pouvait peut-être me les donner : celui dont on venait enfin de me révéler le nom.
Mon vrai père.
Avec tout le courage et l’audace qui me restaient, j’ai pris mon téléphone et j’ai appelé en chechant sur l’annuaire cette personne. J’ai composé fébrilement les numéros marqués et quand la sonnerie débuta, une longue attente me fit supposer qu’il était absent mais quelqu’un finit par décrocher.
Une voix forte, un peu autoritaire demanda qui l’appelait.
Alors j’ai lu le papier que j’avais préparé en prenant l’air sûre de moi.
J’ai décliné une fausse identité, me suis fait passer pour son infirmière et lui ai demandé comment il allait.
Alors il se mit à me raconter ses soucis de santé et de ses dernières prises de sang. Il venait de m’offrir un bon prétexte :
— Quel est votre groupe sanguin? m’entendais-je dire.
et lui ne s’est pas méfiait
— O négatif Madame.
Pendant les années 1919 et 2020. Je n'avais pu retourner dans cette ville chère à mon coeur, ni revoir la maison où je suis née. La fin du confinement me le permettait enfin et me voilà en train d'organiser un retour vers le passé.
J'ai pris ma voiture et je suis partie vers ce département que j’avais quitté en me mariant à la recherche de la vérité:
C’est avec beaucoup d'anxiété que j'ai parcouru ses kilomètres qui me ramenaient sur le lieu de mon enfance.
Il me fallait me rendre dans un petit village pas très loin de l’ancienne maison de mes parents pour y rencontrer peut-être une personne qui me renseignerait sur ma mère et cet homme qui serait mon père.
Que pouvait-il m'arriver de pire, qu’on me ferme la porte au nez, qu’il refuse de me parler, qu’il me prenne pour une affabulatrice. Je tournerais les talons et la page comme je l’ai toujours fait.
Mais pourquoi envisager cette situation, il faut que j' arrête de supposer, de réfléchir.
— Vous savez, me dit-il en me regardant droit dans les yeux, je vous attendais. Je savais qu’un jour vous viendriez !
Cette phrase résonne encore dans ma tête aujourd’hui, cinq ans après.
Ce jour-là, j’ai tout appris. L’amour qui avait uni son père et ma mère, leur histoire, et cette vérité que j’étais venue chercher.
Et pourtant, l’homme qui se tenait devant moi n’était pas mon père.
Hélas, celui-ci était décédé quelques années auparavant.
Oui, et là il y a un très grand retournement : je crois être enfin devant ton père, puis je découvre que l’homme qui m'accueille est en réalité son fils, donc mon frère :
Le prénom m’avait trompée. Notre père avait fait partie de la Résistance et, à cette époque, avait changé de prénom. Plus tard, il avait donné ce prénom à son fils.
Ainsi, sans le savoir en arrivant dans ce petit village, je n’étais pas venue rencontrer mon père…
Je venais de rencontrer mon frère.
Nous avons fait connaissance et j’ai rencontré sa femme. Leur accueil fut chaleureux. Lui savait depuis longtemps qu’il avait un frère ou une sœur parmi ma fratrie, et il avait toujours espéré pouvoir rencontrer un jour cet enfant dont il connaissait l’existence.
À la Toussaint, nous sommes allés ensemble sur la tombe de notre père.
Nous avons déposé les fleurs côte à côte.
Ce fut un moment très fort pour nous deux. Un de ces instants où les mots deviennent presque inutiles, tant l’émotion suffit à remplir le silence.
J’ai cru, à ce moment-là, que je pourrais peu à peu me remettre de toute cette histoire.
Mais je n’en étais encore qu’au début.
J’ai commencé à raconter mon histoire dans un roman autobiographique auquel j’ai donné un titre : La Vérité par le sang.
Mais une fois le manuscrit écrit, je n’ai jamais réussi à le corriger entièrement.
J’ai alors remplacé le « je » par « elle ». Je me suis donné un autre prénom. Peut-être était-ce une manière de mettre une distance entre moi et cette histoire, de moins ressentir tout ce que j’avais vécu.
Pourtant, même ainsi, je n’allais jamais plus loin, dans mes corrections, que la fin de mon enfance.
Comme si quelque chose en moi refusait d’aborder à nouveau la suite.
Comme si je ne pouvais pas revenir sur cette partie de ma vie située après cet événement, après cette analyse de sang qui avait fait basculer toutes mes certitudes.
J’avais réussi à écrire mon histoire.
Mais je n’étais pas encore capable de la relire jusqu’au bout.
Pourtant, 2 ans plus tard, les mots sont revenus sous une autre forme.
Ils ne venaient plus comme un récit à construire, mais comme des vers, des fragments, des poèmes. L’inspiration me réveillait parfois au milieu de la nuit. Alors je me levais, je prenais un cahier et je griffonnais des pages et des pages.
Toute cette colère que je n’avais jamais vraiment réussi à exprimer se déversait enfin sur le papier. Les blessures, les questions, les incompréhensions, les silences, tout ce que j’avais contenu pendant si longtemps trouvait une issue.
Je n’avais plus besoin de raconter toute mon histoire dans l’ordre.
Je pouvais simplement laisser sortir ce qui faisait mal.
Peu à peu, ces textes se sont accumulés.
C’est de là qu’est né Dans l’antre de mon passé.
Un recueil écrit dans l’urgence de dire, de déposer, de comprendre. La poésie m’a permis d’exprimer ce que je n’arrivais pas encore à raconter autrement.
Chaque texte est devenu une porte entrouverte sur un souvenir, une blessure, une colère, parfois aussi sur un apaisement.
Ce recueil n’est donc pas né d’un projet construit à l’avance. Il s’est imposé à moi, presque malgré moi, comme une nécessité.
Dans l’antre de mon passé est né de tout ce que je ne parvenais plus à garder en silence.
Il vit le jour aux Editions Le lys bleu en 2024. Mais c'est le début d'une nouvelle aventure!
Avez-vous des souvenirs d'école, vous allez me répondre, Pleins!
Moi aussi, j'en ai beaucoup !
Parfois il y en a des plus précis, des moins bons qui vous hantent. Mais dans le cas de mon institutrice, nous avons tous été marqués par elle. C'était pour moi, le monstre à affronter chaque matin. Non je ne rigole ni n'exagère, je vous assure. Elle m'a si souvent fait pleurer ... Puis j'ai pris un jour ma revanche, elle a du se raviser sur son jugement.
Elle m'a tellement marqué que je lui ai dédié un de mes poèmes ! Je suis sûre qu'elle ne l'avais jamais imaginé celle -là! être couché dans un poème! dommage elle n'est plus de ce monde pour que je le lui adresse. Je n'imagine même pas sa tête en le lisant et vous d'après mon poème, la trouveriez-vous sympathique! hum!